À partir de janvier 2028, aucun nouveau jeu PlayStation ne sortira sur disque. Ni les productions de Sony, ni celles des éditeurs tiers. Les lancements PS6 seront intégralement dématérialisés dès le premier jour, selon Journal du geek. La question que pose immédiatement cette décision est simple : sans boîtes en magasin, les prix des jeux vont-ils enfin baisser pour les joueurs ?
Ce que prédit la théorie Navok, et ses propres limites
L’hypothèse optimiste a été formulée par Jacob Navok, ancien cadre commercial chez Square Enix. Son raisonnement tient en une idée : sans le disque physique pour ancrer les prix en rayon, les éditeurs seraient contraints de se livrer une concurrence permanente sur le PlayStation Store, à l’image des soldes récurrentes qui animent Steam. Fini les prix conseillés figés, place à une guerre promotionnelle qui profiterait mécaniquement aux joueurs.
Navok lui-même reconnaît que c’est une hypothèse. Et les données actuelles suggèrent qu’elle reste, pour l’instant, très théorique.
Ce que les chiffres disent déjà du marché dématérialisé
Milena Petrovska, spécialiste en marketing digital et observatrice des marchés numériques, souligne que l’écart documenté rend l’optimisme difficile à soutenir. Sur PS5, les versions numériques coûtent en moyenne 47 % de plus que leurs équivalents physiques. Ce n’est pas un chiffre marginal. C’est une prime structurelle, installée dans la durée.
Ce qui complique davantage la thèse de Navok, c’est que la tendance au tout-numérique est déjà bien avancée. Sony indiquait qu’en fin d’exercice fiscal 2025, 85 % des ventes de jeux complets étaient déjà dématérialisées. Aucune guerre des prix n’en a résulté.
De son point de vue d’observatrice des plateformes, Petrovska note que les paris sportifs en ligne constituent une autre dépense de divertissement numérique que les joueurs doivent intégrer à leur budget, un poste que détaille Visitez Smart Betting Guide et qui, comme les achats de jeux dématérialisés, réclame une enveloppe fixée à l’avance.
Le PlayStation Store n’est pas Steam : une seule vitrine, un seul maître des prix
La comparaison avec Steam, répétée dans le débat autour de la PS6, achoppe sur un point fondamental. Sur le PlayStation Store, c’est l’éditeur qui fixe le prix, non la concurrence entre boutiques. Steam subit la pression de l’Epic Games Store, de GOG, et de nombreux revendeurs tiers. Sony, lui, sera le seul storefront après 2028. Aucun concurrent externe ne pourra proposer le même jeu moins cher sur une autre plateforme PlayStation.
La prime de 47 % observée aujourd’hui n’est pas un accident de marché. Elle persiste depuis une décennie, y compris pendant la période où le numérique a progressivement écrasé le physique. Si 85 % de pénétration digitale n’a pas suffi à déclencher une baisse, il est difficile d’expliquer pourquoi les 15 % restants produiraient soudainement l’effet inverse.
Les codes et cartes PSN : un levier réel, mais conditionnel
Sony a confirmé que les grandes enseignes, Carrefour, Auchan et Leclerc notamment, continueront de distribuer des codes téléchargeables après 2028. Ce maintien n’est pas négligeable. Il préserve une partie de la mécanique de distribution physique, sans le support disque.
Les cartes PSN offrent également un avantage concret : une carte à 50 euros vendue 42 euros chez Cdiscount ou Leclerc représente une économie de 10 à 15 % sur le mode de paiement. Attention, toutefois, c’est sur la méthode de règlement que porte la réduction, pas sur le prix affiché du jeu dans le Store.
La logique du produit d’appel survit elle aussi, du moins en partie. Un AAA très attendu vendu en dessous de son coût d’achat à la sortie, pour générer du trafic en magasin, fonctionne avec un code aussi bien qu’avec un disque, à condition que le titre suscite suffisamment d’intérêt pour justifier le déplacement. Mais c’est précisément là que la question de la marge Sony devient décisive.
Avec un disque, le distributeur achète le stock et peut absorber librement toute réduction. Avec un code, la moindre remise dépend du plancher de prix que Sony accepte d’imposer ou non aux revendeurs. Si Sony verrouille ce plancher, Carrefour perd la capacité d’utiliser un jeu comme produit d’appel. La liberté commerciale du distributeur se réduit à ce que Sony consent à lui déléguer.
Le disque comme dernier contre-pouvoir tarifaire
Le disque physique était, au fond, le seul mécanisme qui obligeait Sony à surveiller ses propres prix. Il pouvait être prêté à un ami, revendu d’occasion, échangé, ou simplement acheté moins cher dans une autre enseigne. Cette mobilité créait une pression diffuse mais réelle sur la valeur perçue du jeu neuf.
Sa disparition efface ce dernier point de résistance. Le seul levier restant pour le joueur, la remise chez un revendeur via code ou carte PSN, repose désormais entièrement sur la marge que Sony choisira d’étendre à ses partenaires commerciaux. Ce n’est plus une concurrence de marché. C’est une décision unilatérale.